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1929 - France

par Michel Leroux

Fils d'ouvrier agricole, aîné de 7 enfants, Gustave Cahoreau est né le 16 août 1929 à Neau en Mayenne. À l'âge de dix mois, il est atteint de méningite. De son court passage à l'école communale, il ne garde aucun souvenir excepté celui du dessin: "J'étais champion!!". À la lecture, il préfère l'école buissonnière en compagnie de son frère Pierre. Il a dix ans lorsque la seconde guerre mondiale éclate, et elle le traumatise encore.

Dès l'âge de treize ans, il est placé comme domestique dans les fermes de la région: emploi qu'il occupera toute sa vie. Gustave tombera parfois chez de "bons patrons" mais en 1958 ce ne sera pas le cas.

En 1963, son père meurt accidentellement "broyé sous une charrette de foin". C'est à cette période qu'il commence à ramasser des pierres, des racines, aux formes étranges qu'il sculpte. "Quand mon patron a vu ça, y m'a tapé… J'ai pleuré". Il approche alors de quarante ans e t la nécessité de créer ne le quittera plus.

En 1965, l'instituteur du village lui offre un livre sur l'Art Nègre; c'est le début de sa grande production de totems sculptés dans du bois de récupération (chevrons, limons, etc.) Plus tard apparaissent les nombreux profils de femmes africaines.

Au printemps 1986, Madeleine Lommel et Michel Nedjar (fondateurs du  musée de l'Aracine) visitent l'atelier d'Alain Lacoste à Changé (53) et découvrent une sculpture de Gustave. Ils lui rendent aussitôt visite et ses œuvres entrent dans la collection de l'Aracine.

Depuis octobre 1998, Gustave vit dans une maison de retraite. Il participe à la vaisselle et est chargé de l'approvisionnement de la cheminée. Quand le beau temps le permet, il va au bûcher "en cachette" y sculpter "à genoux". Autrement, et plus particulièrement le matin dans la solitude de sa chambre, il dessine avec des feutres et des crayons de couleurs. "Je copie à ma façon…" des œuvres, des publicités, des animaux préalablement découpés dans des journaux ou revues. Au milieu de cette profusion de formes inventives et de couleurs, deux dessins reviennent de façon récurrente et obsessionnelle. Le premier reprend les profils de femmes africaines. Le deuxième est une énigmatique "homme au chapeau", toujours le même, jamais semblable. Le traitement des membres est des plus singuliers.

La démarche et l'œuvre de Gustave vont bien au-delà d'un passe-temps pour retraité oisif. Ne sachant pas écrire et ayant des difficultés d'élocution, ses sculptures, ses dessins sont ses seuls moyens de communiquer, d'attirer l'attention.

Alors que chez ses différents patrons, il n'a fait qu'obéir; avec sa sensibilité à fleur de pleurs, il trouve par ses créations, la force de DESOBEIR en ne copiant pas strictement ce qu'il voit.

L'œuvre de Gustave est une œuvre d'INSOUMIS.

totem
bois de récupération, 27 x 5.7 cm